Quand le corps va mieux, mais que la récupération n’avance plus.
6 janvier 2026
Il arrive souvent qu’après une blessure, la récupération prenne plus de temps que prévu. Les séances de physiothérapie s’enchaînent, les exercices sont réalisés avec assiduité, les examens sont rassurants… et pourtant, quelque chose semble freiner le mouvement. La douleur persiste, certaines sensations inquiètent, la confiance ne revient pas vraiment.
Cette situation peut aussi bien concerner les sportifs que les personnes non sportives. Elle peut être déroutante, parfois décourageante, et amener à se demander si le corps est réellement prêt à guérir. Pourtant, dans de nombreux cas, ce n’est pas le corps qui bloque, mais le système qui le pilote : le système nerveux.
Après une blessure, le corps entre naturellement en mode protection. La douleur, le choc ou l’immobilisation sont interprétés par notre système comme des signaux de danger. Même lorsque les tissus ont cicatrisé, et que l’on pense être rétabli physiquement, le système nerveux peut rester en état d’alerte. Le mouvement devient alors plus rigide, plus lent, et certaines douleurs reviennent ou sont amplifiées. Ce mécanisme n’est ni volontaire ni conscient : il s’agit d’un réflexe de survie.
C’est pourquoi la récupération ne dépend pas uniquement de la force, de la mobilité ou de la volonté. Elle dépend aussi du sentiment de sécurité intérieure. Un corps qui se sent en sécurité récupère plus facilement, apprend plus vite et ose à nouveau bouger sans anticipation excessive de la douleur.
À cela s’ajoute un autre facteur essentiel : la manière dont nous interprétons ce qui se passe dans notre corps. Après une blessure, il est fréquent de développer des croyances telles que « mon corps est fragile », « je ne vais jamais retrouver mon niveau » ou « je risque de me reblesser ». Ces pensées ne sont ni irrationnelles ni faibles : elles correspondent à une tentative du cerveau de protéger le corps après un événement perçu comme menaçant.
Le cerveau apprend par répétition. Il observe ce qui se produit souvent et s’y adapte. Chaque pensée, chaque image mentale et chaque émotion vécue renforcent certains circuits neuronaux plutôt que d’autres. Ce phénomène s’appelle la neuroplasticité.
La neuroplasticité est la capacité du cerveau à se modifier tout au long de la vie. Elle permet l’apprentissage et l’adaptation, mais elle peut aussi maintenir des mécanismes de protection devenus inutiles. Après une blessure, si la peur et l’anticipation de la douleur se répètent, le cerveau peut continuer à associer le mouvement au danger, même lorsque les tissus ont récupéré.
Cela illustre un point souvent sous-estimé : le corps et l’esprit ne fonctionnent pas séparément. Chaque sensation corporelle est interprétée par le cerveau, et chaque pensée ou émotion a des répercussions directes sur le corps. Une inquiétude peut augmenter les tensions musculaires, une peur peut modifier la respiration, une anticipation négative peut altérer la qualité du mouvement.
Dans notre quotidien, nous avons tendance à considérer le mental comme quelque chose de secondaire, presque abstrait. Pourtant, il influence en permanence notre posture, notre manière de bouger, notre niveau d’énergie et notre capacité à récupérer. Après une blessure, cette influence devient encore plus marquée.
La bonne nouvelle, c’est que cette interaction corps-esprit fonctionne dans les deux sens. En agissant sur le mental, par la respiration, l’attention portée aux sensations, les images mentales ou des expériences de mouvement sécurisantes, il est possible d’envoyer au cerveau de nouvelles informations. Progressivement, le système nerveux peut relâcher certaines alertes, mettre à jour ses mécanismes de protection et redonner au corps l’autorisation de bouger avec plus de confiance.
Lorsque la peur ou le doute prennent trop de place, le corps adapte inconsciemment ses mouvements pour se protéger. Cela peut ralentir la rééducation, maintenir des tensions inutiles et entretenir un cercle dans lequel le mental et le corps se renforcent mutuellement dans la difficulté.
C’est dans ce contexte que le travail mental prend tout son sens. Il ne s’agit pas de « penser positif » ni de forcer quoi que ce soit, mais d’aider le système nerveux à retrouver de la sécurité et de la confiance.
La visualisation est l’un des outils les plus utilisés dans ce processus. Elle consiste à imaginer un mouvement ou une action de manière précise et sensorielle, comme si elle était réellement vécue. Les recherches en neurosciences montrent que le cerveau active les mêmes zones neuronales lorsqu’on imagine un geste et lorsqu’on le réalise réellement. Pour le système nerveux, imaginer un mouvement, c’est déjà commencer à le réapprendre.
Dans une phase de récupération, la visualisation permet de continuer à entraîner le mouvement sans solliciter excessivement le corps. Elle aide à maintenir les schémas moteurs, à diminuer la peur associée à certains gestes et à restaurer progressivement la confiance. Pour certaines personnes, elle devient un pont entre l’arrêt forcé et la reprise réelle.
La respiration joue également un rôle central. Une respiration lente et consciente envoie un message clair au cerveau : il n’y a pas de danger immédiat. Ce simple signal peut réduire l’hypervigilance, diminuer les tensions et améliorer la qualité du mouvement. Elle est également très bénéfique dans la gestion de la douleur et la libération émotionnelle après le choc d’une chute et d’un accident. Intégrée à la physiothérapie, elle soutient le travail physique en créant un terrain encore plus favorable à la récupération.
Lorsque la récupération est lente ou difficile, cela ne signifie pas que le corps est incapable de guérir ou que l’on fait quelque chose de mal. Cela indique souvent que le système nerveux a besoin d’être rassuré, accompagné et réentraîné, au même titre que les muscles ou les articulations.
Un accompagnement mental permet justement d’agir sur ces dimensions invisibles mais essentielles : la peur de se reblesser, la confiance dans le corps, la relation à la douleur et la capacité à se projeter à nouveau dans le mouvement.
En associant le travail physique et le travail mental, la récupération devient plus cohérente et plus durable. Le patient ne subit plus uniquement sa blessure : il retrouve un rôle actif dans son processus de guérison. Et souvent, c’est à partir de là que le mouvement redevient plus fluide, plus libre et plus confiant.
Naïka Wohlers
Préparatrice mentale, hypnothérapeute et facilitatrice en respiration
Inner Flow